Je vis dans une bulle. Extensible tant que ma volonté en est maîtresse. Elastique. N'entre pas qui veut. Une protection abstraite, puissante plus que la raison, en recouvre chaque centimètre carré. Entre qui n'en est pas arrêté, qui j'accepte qui rentre voire qui j'invite par-dessus tout à rentrer. Pour me sentir moins seule, pour pénétrer ce monde trop bien comme je le vois et qui pourtant me donne cette sensation de possession tant cherchée ailleurs et jamais réellement trouvée; trop subtil pour d'autres, qui ne voient même pas ma bulle parce qu'elle est quelque peu transparente. Sois-je transparente dedans, ailleurs qu'eux, j'm'en fiche, si ce monde auquel j'étais destinée qui m'a appelée que j'ai apprivoisé-aménagé me plaît, m'donne de la force spirituelle, j'y reste ! Ca serait pas un peu autodestructeur de le quitter et me perdre ? Bordel je m'accouplerai avec quelqu'un qui aura la force de m'en sortir ou la compréhension de tout ça... qui n'est rien du tout ? Ou c'est ce que j'aurais tendance à penser à force de m'entendre dire que je suis pas naturelle à parler comme ça. Qu'on me comprend plus. M'aurait-on déjà comprise ? J'parle pas de tout l'monde, loin de là, mais c'est récurrent quand même de me dire "j'ai changé". Oui oui, mais en quoi, depuis quel événement ? Là c'est le flou dominant. Qu'on me dise que ce n'est pas moi le problème ! Pas que moi. Même si ce serait un mensonge et que je n'y croirais pas.
Je ne demande pas trop de présence(s) en quantité mais tellement en qualité et en permanence c'est vrai. Peu importe, je réduis le chiffre et le rends plus certain et crédible et dans une atteinte possible. Je comprends pas le malaise qu'on peut ressentir en venant vers moi et en essayant de me comprendre en me lisant... je ne suis dès lors plus l' "amie" du lecteur mais bien l'auteur d'un bête texte ! Je ne comprends pas ce malaise parce que je ne franchis pas ce pas dans l'autre sens. Je suis extravertie dedans et jusqu'à la frontière de la bulle et même un peu plus loin mais introvertie autre part. C'est un paradoxe parmi tant d'autres qui font que je suis moi et que le monde est monde.
Je ne demande pas qu'on me comprenne à travers ces lignes. On vient de me faire le reproche de parler un autre langage et je "noie" ça encore plus loin dans cet océan de lettres qui finiront pas se mélanger comme rien n'a jamais été aussi homogène puis elles auront très peu de chance de prendre d'autres significations, elle ne voudront plus rien dire. Elles flotteront à la surface, stagnantes. Et je ne saurai plus retrouver leur bon ordre initial car une fois n'est pas coutume, une fois et on oublie, chaque jour est différent et chaque conversation nouvelle et chaque instant vécu vital et expérimental et moralisateur même si on réalise souvent trop tard voire jamais.
Je demande qu'on fasse abstraction de ceci et qu'on retienne de moi (lorsqu'on me connaît in real life, qu'on me côtoie régulièrement) des délires et des conneries que j'peux sortir, ma démarche, ma voix, mes réactions, mes gestes, mais pas mes textes car ils sont un autre moi, un moi que je ressors quand je l'accepte quoique des fois il s'impose à moi mais je le laisse venir ou sinon ce serait le vide mental total (à moins que justement je ne sois confrontée à cet exercice de me trouver cet autre moi que j'ai perdu mais je fuis la difficulté), un moi tout du contraire de cette spontanéité dont je m'éloigne par cette attitude. Et sinon oubliez-moi puisque je ne suis qu'évasion, me suis évadée de... moi-même.